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Au sujet de la question des langues
dites pudiquement "régionales"...

Une question patrimoniale importante, défendue par Jean Lassalle et les autres députés du groupe parlementaire "Libertés et Territoires", c'est celle des langues dites pudiquement "régionales".

Autrefois, en ces temps obscurs où n'existaient ni école, ni internet, ni de mass-medias (télévision, radios journaux), ni de moyens de transports massifs (automobile, trains, bateaux à moteurs, avions), les populations restaient relativement stables et sédentaires.

Ainsi, durant plus d'un millénaire, les gens parlaient traditionnellement la langue du terroir forgée et transmise par mimétisme de générations en générations.

Dans ce qui tardivement est devenu le Royaume de France, trois langues principales sont alors devenues celles des autochtones : au Nord de la Loire on y parlait traditionnellement la "langue d'oïl", langue dont une forme codifiée du dialecte parisien sert désormais de "français standard". Au Sud, on n'y parlait que la langue d'òc (l'occitan), du moins avant que les institutions françaises ne fassent la promotion du français standard, et que la langue d'oïl ne progresse sur la langue d'òc dans le Berry, Bourbonnais, le Poitou et les Charentes à la fin du Moyen-Âge. Et à l'Ouest : le breton.

Durant les cinq derniers siècles, d'autres langues que l'occitan, la "langue d'oïl" (le français "naturel") et le breton sont venues rajouter de la diversité linguistique au fur et à mesure que le Royaume de France s'est étendu : le basque au moment de l'intégration de la Navarre, le catalan après la révision des frontières au moment du Traité des Pyrénées, un peu d'allemand dialectal "alsacien" et "mosellan" lorsque Louis XIV a poussé les frontières un peu plus à l'Est, le "corse" sous Louis XV etc... Sans oublier évidemment, toutes les langues des départements d'Outre-Mer à partir de la période coloniale (Guyane, Nouvelle-Calédonie etc).

Donc, durant les temps anciens, la langue se transmettait très bien naturellement par voie orale de générations en générations. Les temps modernes et surtout la Révolution industrielle au 19e siècle vont changer la donne : les moyens de transports massifs vont commencer à générer des brassages importants de population, puis les mass-medias au 20e siècle vont finalement faire de l'anglais "globish" la langue internationale.

Le gouvernement de la République française prend alors conscience du risque : brassage multiethnique des populations (l'Empire colonial français a des ressortissants venant du Monde entier, parlant des langues très diverses), l'anglais "globish" qui tend à se généraliser partout... Il est alors décidé d'institutionnaliser un français standard de référence, de généraliser son usage dans les territoires de la République pour éviter d'une part sa créolisation (qu'il ne se dialectalise trop et ne se mélange avec d'autres langues), voire la disparition de son usage sous l'anglais à partir de la seconde moitié du 20e siècle...

Institutionnalisation du français, certes louable (on comprend les motivations), mais il y a un bémol...

D'abord, la langue que le gouvernement français rend obligatoire à partir de la fin du 19e siècle (Lois Ferry sur l'instruction publique), ce n'est pas à proprement parler le français authentique, la "langue d'oïl", mais bien une langue quelque-peu artificielle, voire carrément intellectuelle, et en plus avec une orthographe vernaculaire compliquée.

De fait, il y a depuis une diglossie entre les locuteurs d'un "patois" (le français naturel, du terroir, ch'ti en Picardie, créole à la Réunion etc) et les monolingues n'employant que le français "standard", langue finalement complètement hors-sol, qui par le passé n'a jamais été employée dans le moindre village de France !

N'est-il pas un peu paradoxal d'imposer finalement une langue artificielle aux véritables locuteurs naturels de la langue ? les institutions auraient dû prendre en considération la richesse de la langue naturelle (d'oïl) et lui faire une place (par exemple : dans les dictionnaires, à l'école dans des cours de sensibilisation aux subtilités dialectales locales etc).

Ensuite, il y a aussi depuis le début du 20e siècle une diglossie encore plus flagrante au Sud en Occitanie et à l'Ouest en Bretagne (en Corse, en Pays Catalan, au pays Basque etc), cette fois ci entre le français standard imposé par les institutions et relayé par les mass-medias (télévision, radios et journaux) et la langue naturelle, respectivement l'occitan et le breton, qui continuent bon gré mal gré de se transmettre naturellement...

Si ce n'est que la transmission de l'occitan et du breton, d'une manière générale des langues "régionales", devient de plus en plus compliquée : eh oui ! celles-ci sont, comme le français, confrontées depuis le 19e siècle à un brassage de population qui, forcément, n'est pas le meilleur moyen de conserver une langue territorialisée (même si les nouveaux venus font souvent l'effort d'apprendre la langue locale pour s'intégrer).

Ensuite, comme pour le français, l'occitan et le breton sont aussi impactés depuis la seconde moitié du 20e siècle à la progression de la diffusion de l'anglais.

Enfin, et c'est là ou c'est le plus embêtant, c'est que vu que le gouvernement de la République a cherché à préserver le français (quitte à ce que ce soit un français un peu artificiel "standard") face à la créolisation de la population et la progression de l'usage de l'anglais, non seulement rien n'a été fait pour l'occitan et le breton, mais pire encore, la schizophrénie linguistique (français standard vs occitan / vs breton etc) fait que, pragmatisme oblige, mêmes bilingues, les Occitans que nous sommes, les Bretons (les Corses, les Catalans, les Basques etc) avons tendance finalement à privilégier l'usage du français standard scolaire à celui de notre langue naturelle !!!

Voilà en quoi le contexte explique que, en 2022, l'occitan et le breton soient considérées comme des "langues en danger".

Il y a pourtant moyen de faire quelque-chose, et c'est justement ce qui s'est passé avec la Loi Molac proposée par le groupe parlementaire de Jean Lassalle, "Libertés et Territoires" : il suffit justement de faire ce qui s'est fait pour le français (standard), de légiférer pour, comme le français, institutionnaliser (au moins en partie) les langues "régionales", institutionnalisation qui les aidera à conserver un usage naturel.

Les pistes évoquées sont connues : à l'école, à la télé, dans les médias en général etc. Dans l'absolu, ce n'est pas très compliqué à mettre en place... Encore faut-il briser les tabous ! car il existe malheureusement en République française une ancienne tradition "jacobine" qui, au contraire, souhaite imposer un monolinguisme d'État...

La démocratie, c'est le respect de la diversité, pas la dictature de la majorité. Poids démographique de Paris oblige, la majorité des habitants de la France est historiquement francophone, les Occitans et les Bretons sont minoritaires, du coup, dictature de la majorité oblige, l'État a choisi d'imposer le français "standard", "le patois de Paris", comme seule et unique langue... Sachant que, finalement, les véritables francophones parlent plutôt un dialecte local ou un créole que ce français scolaire, et que Occitans et Bretons ont évidemment leur propre langue naturelle. La démocratie consisterait plutôt à préserver cette richesse linguistique, qu'il s'agisse de celle des dialectes d'oïl (du français naturel) ou, évidemment, des autres langues de l'Hexagone.

Un moyen simple de sauvegarder l'occitan serait tout simplement que cette langue puisse rester d'usage sociétal en étant présente au quotidien dans des mass-medias comme la télévision...

Encore faudrait-il qu'une loi autorise à ce que les chaînes de télévisions françaises laissent une place à l'occitan, car pour l'instant, à part en Corse, le cadre légal impose le quasi monolinguisme français à la télévision (CSA)...

Jérôme PIQUES, candidat aux élections législatives sur la 5e circonscription de la Haute-Garonne (Occitanie), soutenu par Jean Lassalle, par le PNO et par "País Nòstre"

Jérôme PIQUES, candidat aux élections législatives

Jérôme PIQUES, candidat aux élections législatives

Tag(s) : #Tribune libre
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