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Montségur 2018

 

Le 20 mars, sûr ce même blòg du Partit de la Nacion Occitana, nous vous présentions un bref compte-rendu de l’émouvant hommage rendu le 18 du mois aux 215 victimes du bûcher de Montségur. Aujourd’hui nous vous proposons la transcription du discours prononcé, pour l’occasion, par le Dr Jacme Pince.

 

Dònas e Sénhers, bonjorn a totes,

 

            Nous voici donc, une fois encore, réunis pour nous nourrir de l’esprit des 215 personnes qui ont été mises à mort ici, il y a 774 ans. La foi des Bonnefemmes et des Bonhommes qui étaient de ce pays et la violence de l’oppresseur, font de cet évènement une tragédie immense devant laquelle, seuls un grand respect et une grande humilité sont ajustés à cette réalité de l’histoire des hommes.

            Mais Montségur, pour nous, tire toute sa force de cette lumière que le site porte sur notre humanité, hier comme aujourd’hui.

            Montségur n’est pas un simple « monument » à visiter, ce n’est pas une histoire close, une histoire à relire complaisamment, c’est un sanctuaire et c’est un présent qui nous bouscule hors des images où les pouvoirs voudraient nous enfermer.

            Les abus de pouvoir, l’intolérance, ne se sont pas éteints avec les bûchers du Moyen-âge. La raison du plus fort reste dans les références et continue à sévir. L’oppression reste une façon d’être, ailleurs ou ici, de façon évidente ou de façon insidieuse. Et malheur à ceux qui ne sont pas de la famille du vainqueur, malheur à ceux qui ne pensent pas comme le vainqueur, qui ne parlent pas la langue du vainqueur, qui ne pratiquent pas comme le vainqueur. Malheur à ceux qui ne se veulent pas asservis, à genoux.

            Notre chemin de liberté passe par Montségur. Et c’est ici que coule une des sources qui nous abreuve.

            Les Bonnefemmes et les Bonhommes nous regardent. Rien ne devrait faire écran au message vivant qui habite ce lieu. Seule, à nos yeux, la nature est à la hauteur de la force que donne cette terre et ces personnes.

            Mais les hommes aujourd’hui, dans leur orgueil, cherchent à se substituer à ce cœur qui n’est pas le leur. Alors ils s’accaparent, ils bâtissent au ciment de la trahison, ils exploitent.

            Notre recueillement ici n’est pas un recueillement condescendent sur un fait du passé, c’est, je pense, plutôt un moment de vie dans une communion de vie. C’est notre interrogation aux bourgeons des arbres, au chant des oiseaux, pour connaitre et reconnaitre les printemps possibles. C’est nous trouver, nous retrouver, nous relever.

            Il y a d’autres lieux inspirés de par le monde, mais celui-ci est notre proximité dans la glèbe et sur le roc de cette Occitanie. Il nous touche au plus profond de ce qui fait de nous des femmes et des hommes, il nous fait responsables.

            Être ici, dans notre pauvreté, au contact direct du lieu, nous inscrit dans notre trajectoire humaine, une trajectoire que nous choisissons et peut-être même dans un combat sans arme, parce que, quittant ce lieu nous aurons a en témoigner, a le défendre, a en défendre l’esprit.

            Les Bonnefemmes et les Bonhommes ont été brûlés pour qu’il n’en reste rien, or il en reste tout. Presque 800 ans après, il en reste tout. Ils sont dans chaque fleur de ce printemps, dans chaque étoile du ciel, dans chacun de nos cœurs.

 

                                                                                  Jacme Pince

                                                                                  Occitània e Libertat

                                                                                  Le 18 mars 2018

Montségur 2018

Montségur 2018

Tag(s) : #Tribune libre, #occitanie, #Montségur
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