Pour les indépendantistes occitans, la lutte pour la survie, la promotion et la socialisation de la langue occitane n’a aucun avenir dans le cadre de l’État français, italien ou espagnol sans au minimum l’autonomie politique de l’Occitanie ou mieux encore la création d’un État indépendant unifié et fédéral.
Se pose alors une question éminemment politique, celle de la langue. Comme toutes les langues du monde, l’occitan a des dialectes et des sous-dialectes mais pas de forme standard comme l’italien, le français et l’espagnol même si on peut dire qu’au Moyen Âge les troubadours occitans utilisaient une sorte de koiné. Pour fonctionner, un État a besoin d’un standard linguistique (il peut y en avoir plusieurs comme c’est le cas dans la Confédération helvétique). À supposer que les dialectes soient vivants, il n’est pas envisageable que chacun parle le sien dans son coin sans langue commune à tous les citoyens d’un même État. Donc, il faut dans cette perspective unifier l’occitan en utilisant tous ses dialectes, plutôt qu’en en privilégiant un, et en lui donnant une graphie mieux adaptée à son apprentissage que ne le sont la graphie dite classique et la graphie mistralienne, sources d’âpres querelles graphiques. C’était déjà l’objectif de François Fontan tel qu’il l’explique dans ce texte ancien mais toujours d’actualité et qui n’avait pas été publié jusqu’à présent. C’est toujours l’objectif du PNO
Jean-Pierre Hilaire, président du PNO
Le présent texte a été transcrit à partir d’un enregistrement magnétique réalisé en août 1967, et revu en octobre 1969, sans augmentation substantielle.
Il s’agit d’un exposé précédant un débat, et toutes les précisions qui n’y figurent pas ont été apportées dans le débat. Il nous paraît néanmoins essentiel de le diffuser tel quel, car le plus clair de nos « positions linguistiques » y est contenu, et il est grand temps que ceux qui critiquent des positions qu’ils ont eux-mêmes préalablement propagées en nous les attribuant soient confrontés à celles que nous avons en réalité.
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Il convient ici de voir l’importance de la langue, non pas en général, en principe, mais surtout quant au rôle qu’elle doit avoir actuellement pour nous.
LUTTE POLITIQUE ET LUTTE LINGUISTIQUE
Avant tout, nous devons avoir toujours présent à l’esprit que notre motivation la plus profonde, notre but essentiel, ne sont pas l’amour, la défense et la promotion d’une langue. Notre motivation est l’amour et le service d’une communauté humaine, d’un ensemble d’êtres humains (passés, présents et futurs) : la nation occitane, et notre volonté est de lutter pour le plus grand bien possible de cette nation. C’est parce que sa propre langue est un des biens les plus précieux de chaque peuple que nous luttons pour l’occitan. La lutte pour la langue occitane est une partie d’un tout, qui est la lutte pour la libération globale des Occitans, et cette partie ne peut jamais être isolée du tout, ni l’emporter sur lui.
Une constatation qui semble devoir s’imposer est que la lutte linguistique n’a pas actuellement pour nous une importance primordiale. En effet, si la lutte linguistique pouvait être efficace, ne serait-ce que sur son propre plan, il est certain que le félibrige aurait, depuis cent ans, réalisé d’importants objectifs – ou une partie au moins des objectifs qu’il se proposait – dans les zones où il existait. Or nous constatons au contraire que la Provence Rhodanienne où, précisément, les efforts linguistiques ont été grands est parmi les zones les plus francisées.
D’autre part, dans la plupart des nationalités qui se sont trouvées dans la même situation que nous, la langue avait, bien sûr, une importance de principe au départ de la lutte d’émancipation nationale, une valeur fondamentale certes, mais qui ne pouvait ps s’actualiser de façon étendue pendant la période de la lutte pour l’indépendance (du moins dans les pays qui ont été dans une situation véritablement analogue à la nôtre). Dans les pays où la totalité de la population ne parlait pratiquement que sa langue maternelle, il en allait tout à fait différemment. Par contre, dans les pays où une grande partie de la population était assimilée, et en particulier toutes les couches instruites (la Norvège ou l’Irlande, par exemple), la lutte politique et sociale primait nécessairement sur le combat linguistique. En Algérie même, alors que l’usage parlé de la langue arabe était général, et où son usage écrit était beaucoup plus répandu que celui de l’Occitan en Occitanie, l’essentiel du travail politique du FLN se faisait en français.
Il est bien évident que, quels que soient les efforts que nous ferons, quels que soient les moyens que nous emploierons, il est absolument impossible que la langue occitane puisse faire ses progrès substantiels parmi la population tant que s’exercera dans l’État français l’immense puissance conjuguée des forces de l’école, des administrations étatiques, des moyens de diffusion audio-visuels, etc., qui ont permis au français d’envahir la vie administrative et intellectuelle, la totalité de la vie publique. Toutes les couches sociales élevées parlent français, et le passage au français représente pour tous ceux qui parlent encore la langue une élévation incontestable du niveau social.
Il est pratiquement inévitable -et ceci tous les notables locaux un peu familiarisés avec cette question le savent bien- que les populations paysannes des régions un peu reculées et qui savent encore leur parler propre, vont continuer à se franciser de façon rapide.
Mais certains indices laissent penser qu’il nous sera possible, au cours du développement de la lutte d’émancipation, lorsque celle-ci aura atteint un certain niveau, de commencer à renverser la vapeur, et ce à l’échelle de la société occitane dans son ensemble.
Est-ce que cela veut dire que jusque là la langue ne doit pas nous intéresser ? Que nous ne devons rien faire du tout ? Absolument pas ! Seulement, au contraire de tout ce qui a été fait jusqu’à présent, il faut réoccitaniser en commençant par l’autre extrémité de l’échelle sociale. Cela signifie que se constitue -ce qui est d’ores et déjà possible- une minorité si petite soit-elle parmi les intellectuels, les catégories instruites, qui reparle occitan. Au lieu que l’occitan soit une langue mourant de vieux, de paysans pour qui elle traduit surtout l’impossibilité d’acquérir un statut social meilleur, notre tâche est au contraire d’en faire la langue d’usage quotidien d’au moins une minorité de jeunes et de gens d’un niveau intellectuel développé, d’un niveau politique avancé, et autant que possible originaires de tous milieux sociaux.
Le but général à atteindre n’est pas que, d’abord, des gens écrivent de la littérature en occitan. On a écrit de la littérature latine jusqu’à la fin du Moyen-Age dans toute l’Europe, ce qui n’a servi à rien du point de vue de la langue latine bien sûr. L’important, c’est la langue parlée. L’important, c’est qu’il y ait, ne serait-ce qu’une toute petite minorité pour qui, effectivement, l’occitan soit la langue de tous les jours, la langue d’usage constant. Ce qui n’exclue pas qu’il y ait en même temps des écrits en cette langue, d’autant que, comme nous venons de le voir, cette langue doit être parlée par des gens de niveau d’instruction assez élevé, qui ont donc besoin d’écrits.
Il va de soi que cette minorité se composera d’abord de membres du Parti Nationaliste Occitan, et il est très certainement possible que d’autres reviennent à la langue suivant cette optique, et avec les objectifs que nous proposons.
Mais il reste à préciser quelle doit être la langue que nous devons parler. Comment constituer cette langue à partir de l’état de fractionnement dialectal actuel ? Quelle solution convient-il d’adopter sur la question proprement linguistique ?
LES SOLUTIONS LINGUISTIQUES DÉJÀ PROPOSÉES EN OCCITANIE
Bien que sans doute nul ne les ignore, il faut rappeler brièvement les solutions linguistiques existantes : il y en a trois qui ne sont, évidemment, pas rigoureusement séparées entre elles, car avec la superbe anarchie qui caractérise l’Occitanie, on trouvera un peu partout des gens d’une tendance qui appliquent à moitié les principes d’une autre tendance, ainsi que d’autres qui essaient de faire un mélange des trois.
La première, c’est celle qui existait déjà avant Mistral, et qui se continue même à travers le Félibrige : écrire des dialogues ultra-locaux de la façon la plus immédiatement compréhensible pour tous, c’est-à-dire uniquement selon les règles de l’orthographe française. Il est bien évident que si l’on s’adresse d’abord et essentiellement à la population parlant encore la langue, on va de la sorte se cantonner à écrire exactement ce que parlent les habitants d’une zone étroitement circonscrite. Ces patoisants constituent la tendance la moins homogène ; elle est diffuse à travers les groupes culturels occitans.
Les Mistraliens sont la deuxième tendance, qui est, si l’on veut, la doctrine officielle du Félibrige Rhodanien, du sommet félibréen. Pour le Félibrige, il faut adopter une orthographe moitié-phonétique, moitié-empruntée au français : donc plus phonétique et moins francisante que celle des patoisants. D’autre part, si théoriquement et même dans la pratique ils respectent les dialectes, c’est parce qu’ils ne pouvaient pas faire autrement. Mais l’élite des dirigeants félibréens voulaient l’adoption du provençal dans sa variété rhodanienne, tel que Mistral l’avait fixé, comme langue nationale de l’Occitanie. Cela a quelquefois été écrit noir sur blanc, par Ronjet notamment. Parmi les arguments invoqués pour justifier cette adoption du provençal, on trouve celui-ci : c’est l’un des dialectes qui ont le plus évolué – ce qui ne veut pas dire progressé – par rapport à l’Occitan du Moyen-Age. Cela ne saurait être un critère, puisque de la même façon l’IEO se réclamera du languedocien comme dialecte le plus archaïque, le plus conservateur, resté le plus proche de l’Occitan ancien – ce qui ne veut pas dire qu’il soit meilleur-.
L’Institut d’Études Occitanes, la troisième tendance, représente une réaction languedocienne contre l’impérialisme provençal, réaction ayant trouvé des appuis dans d’autres provinces. Cela a été également une réaction d’ordre politique contre le félibrige provençal monarchiste. Il s’est trouvé que vers 1880-90, le Languedoc était beaucoup plus « rouge », ayant un dialecte beaucoup plus archaïque, des languedociens ont proposé -d’abord de façon assez chaotique, puis de façon plus précise avec Perbosc et Estieu, et enfin de façon encore plus précise avec Alibert et l’Institut d’Études Occitanes – une réforme orthographique destinée à corriger les insuffisances et les défauts évidents de la graphie provençale mistralienne, fondée sur les parlers languedociens mais visant à écrire de façon unifiée tous les dialectes. Malgré les nuances dialectales qu’ils admettent dans l’écriture, cette position revient à adopter le languedocien. Un point essentiel de ce système, c’est aussi une orthographe étymologique, extrêmement semblable à l’occitan écrit de la littérature du Moyen-Age, mais en plus, adoptant le maximum possible de traits catalanisants ou hispanisants (uniquement dans la graphie, puisqu’aucune prononciation n’a été fixée).
Ce système est donc une orthographe étymologique essentiellement basée sur le languedocien. La soi-disant admission des variantes dialectales est tout à fait fallacieuse : telle variante, qui couvre peut-être un dixième de l’Occitanie est admise, qui n’existe en fait que comme tout à fait sous-dialectale (par exemple le « d » intervocalique latin, conservé en béarnais et en niçois), alors que telles autres, qui recouvrent la moitié de l’Occitanie (comme le passage de « ch » et « j » à « ts » et « dz ») quand ce n’est pas les neuf dixièmes (telle la chute des « r » finaux), sont condamnées. On écrit, suivant l’origine étymologique, les mots tels qu’ils étaient à peu près sans doute vers l’an mil, sans s’inquiéter de ce qui est parlé.
Les inconvénients de cette graphie sautent aux yeux : d’abord, comme toute orthographe étymologique, une inadéquation fondamentale avec ce que doit être l’écriture. L’écriture, pour tous les linguistes qui ne veulent pas mettre une philosophie idéaliste à la place de la langue, c’est la reproduction la plus fidèle de la parole – la plus fidèle possible bien entendu. Il est évident que toute écriture étymologique (qui finirait à la limite par aboutir à l’idéographie), est une énorme difficulté pour les gens qui doivent l’apprendre, une difficulté qui ne sert rigoureusement à rien[1].
Ensuite, dans la mesure où il y a quand même des variantes dialectales admises, cela non plus n’est pas satisfaisant ; mais nous reviendrons sur ce point en exposant nos propres positions. Bien qu’il y aurait encore beaucoup à dire sur la position de l’IEO, ajoutons pour finir que cette conception d’Alibert et de l’IEO était justifiée dans une certaine perspective : dans leur esprit, la Catalogne faisait partie de l’Occitanie. Si la Catalogne avait fait effectivement partie de l’Occitanie, le languedocien devenait dialecte relativement central, et cette graphie n’aurait pas été énormément éloignée d’une langue unifiée comprenant le catalan. Et il est tout-à-fait symptomatique de remarquer que dans l’IEO, on ignore pratiquement les dialectes nord-occitans (à l’exception plus ou moins du Limousin), mais on ne semble même pas savoir qu’existent l’auvergnat ou le dauphinois. Ceux qui se sont occupés de la renaissance linguistique occitane jusqu’à présent étaient le l'extrême-sud de l’Occitanie, et d’ailleurs on trouve déjà chez Mistral cette mentalité de méconnaissance ou hostilité vis-à-vis des dialectes montagnards du Nord ou même du Centre (dans le « Trésor du Félibrige », le passage du « a » tonique nasal à « o » qui est majoritaire en Occitanie est qualifié de « vice particulier de prononciation aux régions montagneuses et froides de l’Occitanie »).
POUR UNE LANGUE TOTALEMENT UNIFIÉE DOTÉE D’UNE GRAPHIE PHONÉTIQUE, SYNTHÈSE HARMONIEUSE ET RATIONNELLE DES DIFFÉRENTS DIALECTES
Examinons maintenant notre position : nous avons besoin d’une langue totalement unifiée, c’est là un point essentiel. Surtout dans la perspective indiquée tout-à-l’heure ; commencer à réoccitaniser une petite minorité ne sachant pas ou peu la langue. Personne, quelle que soit la tendance à laquelle il appartienne, n’avait jamais pensé à ce fait fondamental : que la langue occitane était destinée à être apprise par ceux qui ne la savaient pas. Cette catégorie ne risque de l’apprendre que s’il y a au moins une langue unifiée. Il est évident que personne (à part quelques amateurs qui font ça comme d’autres collectionnent les timbres-poste), surtout aucune personne ayant fréquemment à se déplacer ou rencontre fréquemment des Occitans de diverses régions ne va se mette à parler sérieusement l’occitan comme langue d’usage constant tant qu’il est à l’état de patois, c’est-à-dire un chaos de dialectes infectés de formes françaises.
Le second point, c’est la graphie. Il va de soi, pour tout progressiste et humaniste, que doit être absolument supprimée cette persécution inadmissible des enfants, de leur imposer une orthographe injustifiable et irrationnelle. Et cela aussi d’un point de vue d’efficacité : on perd un temps considérable à des fantaisies purement gratuites au détriment de l’étude de la langue telle qu’elle est réellement. Nous proposons donc une langue totalement unifiée, avec une orthographe phonétique. Il ne s’agit pas, bien sûr, d’adopter l’alphabet phonétique international, ce qui serait aussi une difficulté supplémentaire, ni d’écrire toutes les nuances phonétiques telles que les notent les phonéticiens, ce qui ne vaudrait que pour des spécialistes. Nous devons, autant que possible, utiliser l’alphabet latin courant – et il y a plus de lettres dans l’alphabet latin que nous n’en avons besoin en occitan- pour noter uniquement les sons significatifs de la langue (chaque lettre correspondant à un son) et non toutes les nuances qu’ils peuvent représenter.
Il reste encore un problème : comment unifier ? Comment réaliser l’unification à partir de l’ensemble des dialectes actuels ? Il ne peut être question d’adopter purement et simplement un des dialectes, parce qu’aucun dialecte ne vaut mieux que les autres et n’a de supériorité globale. D’autre part, étant donné la très grande variété des dialectes, leur éloignement relatif, il faut chercher à diminuer au maximum des différences et à rendre acceptable à tous les dialectes la langue unique proposée.
Cette langue unifiée doit donc emprunter des caractéristiques de tous les dialectes, afin de les intégrer. Ce système n’est pas nouveau : un grand nombre de langues renaissantes l’ont adopté (serbo-croate, norvégien…). Le processus d’unification diffère ensuite pour chaque langue particulière suivant l’équilibre que présentent entre elles les diverses régions. En France ou en Espagne, la prédominance à tous points de vue de la province centrale (Île de France, Castille) a lentement imposé le dialecte central très peu modifié. En Allemagne au contraire, ce sont les chancelleries de Saxe et d’Autriche, puis Luther qui en très peu de temps ont élaboré la langue nationale en combinant consciemment les caractéristiques des deux grands groupes dialectaux (mitteldeutsch et oberdeutsch). En Occitanie, il y a un dialecte central, le GUYENNAIS, mais, malheureusement, cette zone centrale est dépourvue de toute force d’attraction, ce qui rend d’autant plus nécessaire que l’unification à partir de dialecte adopte de très nombreux traits spécifiquement occitans des dialectes périphériques -c’est-à-dire les trait qui ne sont pas communs avec les autres langues latines-, ce qui est d’ailleurs lié à l'équilibre entre les différents dialectes. Par exemple, on rejettera un trait auvergnat commun avec le français, un trait languedocien commun avec le catalan, et on prendra en considération les traits auvergnats ou languedociens spécifiques à l’occitan – ou communs avec d’autres dialectes. De plus, entre deux traits également valables, il faut tenir compte de la plus grande diffusion.
Faire de l’occitan unifié notre propre langue d’usage constant, cela signifie que nos enfants, présents ou futurs, soient élevés avec l’occitan comme langue maternelle, et n’apprennent le français qu’à l’âge seulement où l’on étudie les langues étrangères. Cela sera possible assez rapidement, comme des exemples bretons nous le montrent, mais cela exige que la langue unifiée soit mise au point et que le matériel nécessaire à son enseignement soit publié.
Un dernier point à souligner : jusque là, et faute de mieux – et sans entretenir d’illusions à ce sujet -, il convient d’encourager les publications occitanes existantes, quelle qu’en soit la graphie, et quel qu’en soit le dialecte. On ne pourra dans chaque province que préférer la graphie qui est la plus usitée.
En tout état de cause, l’avènement d’une véritable langue occitane, parlée par le peuple qui l’a portée malgré sept siècles d’oppression, est inséparable de la lutte pour une Occitanie libre.
François FONTAN
[1]Note : le livre « L’orthographe » de Claire Blanche Benveniste et André Chervel publié chez Maspéro, vient apporter un appui de grande valeur à nos thèses sur la graphie.
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