Le Parti de la Nation Occitane a annoncé en décembre 2023 sa volonté de participer aux élections au parlement européen qui vont avoir lieu ce 9 juin 2024, dans un collectif qui était alors en cours de constitution, rassemblant la Fédération Pays Unis (FPU) - dont il est membre - et plusieurs groupes écologistes, citoyens, etc.
Nous avions participé aux contacts de la FPU avec ces groupes et avions notamment insisté pour n'engager un partenariat électoral de la FPU avec ces groupes divers que sous la condition qu'ils reconnaissent nos identités propres et acceptent d'intégrer dans le programme électoral commun les revendications communes aux six partis de la FPU (le Parti Nationaliste Basque, le Parti Breton, le Parti Lorrain, Prouvenço Nacioun, Bastir Occitanie et le Parti de la Nation Occitane).
Cette construction d'un collectif que l'on pourrait appeler "écolo-régionaliste" semblait alors assez bien engagée, même si nous devions constater que nos revendications essentielles étaient souvent peu familières à nos alliés pressentis.
C'est ainsi que s'est constituée la liste, menée par Yann Wehrling, du collectif Écologie Positive et Territoires, auquel nous avons participé, en essayant de mettre en avant la reconnaissance de nos identités, nos revendications d'autonomies régionales, la perspective d'une Europe fédérale des Peuples. Pour constater un blocage par l'équipe dirigeante de ce collectif qui réduisait le "régionalisme" à un simple besoin d'un peu de décentralisation, censurait l'expression de revendications autonomistes ou fédéralistes.
Qui plus est, l'intérêt principal d'une telle alliance électorale, pour nos partis, compte tenu du mode de scrutin, aurait été de pouvoir adresser à tous les électeurs nos bulletins de vote - ce qui apparemment n'intéressait pas Yann Wehrling.
Écologie Positive et Territoires décidait de ne pas financer l'impression de bulletins de vote et professions de foi, nous condamnant à l'invisibilité.
Aussi, début avril, 5 des 6 partis de la FPU - dont le PNO - se sont retirés de cette alliance. Seul y est demeuré le parti basque EAJ-PNB, qui mène campagne par ses propres moyens - sur le territoire le moins étendu de ceux des partis membres de la FPU.
Dans le courant du mois d'avril, notre ami Jean-Luc Davezac, président de Bastir Occitanie et de la FPU a négocié un nouvel accord avec un autre groupe écologiste indépendant, l'Écologie au Centre, qui ouvre à Bastir Occitanie (et groupes occitans associés) la possibilité de s'associer à la candidature de la liste l'Écologie au Centre, menée par Jean-Marc Governatori.
Ce collectif présentait l'avantage de prendre en charge l'impression des bulletins de vote, des professions de foi et d'affiches électorales. La même possibilité était offerte aux quatre autres partis membres de la FPU - le PNB-EAJ basque restant dans le collectif Écologie Positive et Territoires - ; il était encore temps d'infléchir le programme de "l'Écologie au Centre" pour y intégrer quelques mentions régionalistes, sous le nom de Régions Unies d'Europe.
Sur les cinq partis membres de la FPU - PNB-EAJ excepté -, quatre, "Bastir Occitanie", "Prouvénço Nacioun", le Parti Breton et le Parti Lorrain ont très rapidement accepté un tel accord. Le Parti de la Nation Occitane, échaudé par l'expérience récente avec Écologie Positive et Territoires, demandait quelques clarifications politiques préalables pour s'y rallier.
Nous avons noté à nouveau des réticences de nos alliés pressentis écologistes à intégrer dans leur programme des notions comme celle de l'autonomie régionale (sauf à la réduire à une "autonomie alimentaire", ... alors que nous voudrions demander une autonomie législative, budgétaire et fiscale !), du fédéralisme européen (au motif qu'ils restent dans le cadre des traités en vigueur, qui ne peuvent être modifiés qu'à l'unanimité des États membres). Nos revendications ne seraient pas "de la compétence" du Parlement Européen. Devons-nous renoncer à faire évoluer l'Union Européenne ?
Nous avons sans doute manqué de temps - ou d'une insistance commune des régionalistes ? - puisque la version finale de la "profession de foi" de J-M Governatori propose, pour "adapter l'UE aux régions et Outre-mer", de "favoriser l'autonomie des régions historiques [... et de] prendre en compte les spécificités des régions ultrapériphériques ...";
Mais pourquoi se limiter à l'identité "historique", au lieu de prendre en compte l'identité "culturelle" et "linguistique" ? Et pourquoi sembler réserver l'autonomie aux "outre-mer" - comme si la France pouvait envisager de perdre la Kanaky, la Polynésie et la Martinique tout en restant la "France éternelle", mais pas la Bretagne ou l'Occitanie !
La "goutte d'eau" qui a fait déborder le vase a été le point suivant, dans une version provisoire de la "profession de foi", utilisée comme tract dans le début de campagne de "l'Écologie au Centre" : pour "promouvoir l'Europe de la Culture", "valoriser la francophonie".
Alors que l'argument de la francophonie est systématiquement employé pour justifier les mesures d'éradication de nos langues autochtones ! Les écolo-centristes comptent sur l'Union Européenne pour renforcer cet outil du suprématisme français ? Une politique linguistique européenne respectueuse de la diversité ne devrait-elle pas plutôt équilibrer à l'international les soutiens à l'hispanophonie et à la lusophonie !
Dans la version finale de la profession de foi, cet objectif de "valoriser la francophonie" est, à titre compensatoire, complété par ", les langues régionales" - comme si on disait "favoriser la réintroduction des loups et l'élevage des brebis". Ceci dans un document orné des logos des Régions unies d'Europe, dont celui du PNO.
Il était inimaginable que nous nous associions à une telle contradiction. Même si une bonne partie des électeurs visés sont attachés à la francophonie, nous ne voulons pas aider à développer le suprématisme français.
Nous avons fait à l'occasion de cette campagne l'expérience de l'imprégnation par l'idéologie dominante française, suprématiste, de ceux avec qui nous avions espéré nous allier. Nous devrons en tirer les conclusions, sans renoncer pour autant à toute perspective d'alliance électorale.
Le Parti de la Nation Occitane n'appelle donc pas à voter pour Jean-Marc Governatori et Écologie au Centre ni pour Yann Wehrling et Écologie Positive et Territoires.
Si l'on examine leurs propositions selon leur prise en compte de nos identités culturelles et linguistiques, les autres choix possibles pour les élections de ce 9 juin, parmi 38 listes candidates, pourraient être Jean Lassalle et l'Alliance Rurale ou Guillaume Lacroix, président du Parti Radical de Gauche, et Europe, Territoires, Écologie.
Le premier se contente d'une déclaration passéiste en faveur des"activités traditionnelles et culturelles". Le second est un rassemblement de groupuscules du "centre gauche" - dont le Mouvement des Citoyens, héritier de Jean-Pierre Chevènement -, qui ne se sont pas illustrés jusqu'à présent par des positions "régionalistes" ; il y a intégré récemment le collectif Régions et Peuples Solidaires, suite à la rupture de son cordon ombilical avec le parti écologistes de gauche Europe Écologie - Les Verts (EELV) et le micro- parti "pan-européen" Volt.
Il présente en seconde position la députée européenne sortante, Lydie Massart, de l'UDB, et beaucoup plus loin une poignée d'occitans du PÒc, eux aussi orphelins d'EELV.
Ils intègrent dans leur programme la ratification par la France de la Charte Européenne des Langues Régionales et Minoritaires et, au nom de la "démocratie territoriale" et "de la reconnaissance des peuples à disposer d'eux-mêmes dans le Cadre de l'État de droit" (sic !) ils proposent un "Sénat
européen composé des représentants des régions" ... Disons "service minimum" après une longue tradition jacobine ?
Le Parti de la Nation Occitane ne peut recommander aucun vote pour une de ces listes ! Il est vrai que le mode de scrutin, dans une circonscription unique, nous est particulièrement défavorable et que nous ne nous sommes pas convenablement préparés à une telle situation.
Pour ceux que l'abstention rebute, il reste la possibilité d'un vote nul, "Occitània Liura !" (ou "Autonomia per Occitània !" ?). Ou "Slava Ukraïni ! Cлава Україні ! " ... Sans illusion sur l'efficacité d'un tel geste !
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