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Lettre à Greta Thunberg

Excuse moi Greta... par Bernard Fruchier

Excuse moi d'intervenir dans le débat alors que je ne suis qu'un vieux con, de ceux qui, selon les jeunes qui te suivent, laissent à nos enfants une terre invivable pour l'humanité. Ton action est certes sympathique et ceux que tu influences manifestent une réelle prise de conscience de l'urgence écologique, c'est pourquoi je n'oserais critiquer ce mouvement, juste rappeler certains faits.

1) Méfie toi du jeunisme qui n'est pas un phénomène nouveau mais qui traverse toutes les périodes historiques.

La grève des cours ne sera d'aucun secours pour le climat, il serait peut-être plus opportun de conseiller à tes suiveurs d'opérer plutôt des choix dans les disciplines qu'ils étudient et dont leurs parents leur affirment qu'elles leur procureront "un bon métier". Ils oublient que certains métiers sont immoraux et, pour le moins, anti-écologiques, à commencer par celui de publiciste : "Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité, elle me croit pianiste dans un bordel". Car les jeunes d'aujourd'hui sont victimes de la pub TV ainsi que des influenceurs-ceuses sur les réseaux "sociaux" et imposent à leurs parents des achats anti-écologiques.

Pour éviter de devoir transformer la phrase célèbre en "quelle terre nos enfants nous laisseront-ils ?", ces gentils jeunes devraient commencer par donner l'exemple de la sobriété avant d'être contraints à une austérité imposée par les circonstances. Leur manque de conscience - et de connaissances - historique(s) leur a fait oublier que ceux de ma génération (donc les fameux soixantehuitards) ont connu dans leur famille la glacière, la lessiveuse, les bouteilles en verre consignées, les couches lavables (ainsi que les serviettes hygiéniques en tissu), l'usage de l'électricité limité à un maigre éclairage, les commerces de proximité, la consommation alimentaire locale, les vêtements que toute la fratrie se repassait, les chaussettes reprisées, le matériel scolaire réduit au minimum indispensable, les encriers remplis par le maître, les livres de classe en noir e blanc... veux-tu vraiment une liste complète de nos comportements passés ? Rendre les "vieux" responsables de l'état actuel de la planète est donc à la fois injuste et inefficace, surtout à l'époque où, publicité aidant, les enfants deviennent les prescripteurs des achats de leurs parents. Le risque augmente de voir se créer une opposition entre des anciens capables de vivre de façon plus écologique et des jeunes gavés de consumérisme et incapables de se représenter des solutions pénalisantes pour leur petit confort.

Plutôt qu'une grève des cours ou d'inutiles manifs, pourquoi ne leur suggères-tu pas d'autres grèves plus efficaces comme celles de l'achat annuel d'un smartphone, de la consommation de pâtes à tartiner à l'huile de palme, de bonbecs en gélatine colorée (notamment ceux qui commencent par un H et finissent par un O), de vêtements fabriqués par des esclaves asiatiques, de croisières, de voyages en avion... là aussi pas besoin d'une liste exhaustive.

2) Le recours aux états.

Vos manifs ont officiellement pour but d'interpeller les politiques : erreur monstrueuse car plus les états se mêleront du changement climatique, plus il aggraveront la situation

- en soutenant l'installation d'éoliennes de faible durée de vie et de recyclage plus malaisé que ce qu'on nous laisse croire,

- en encourageant par des primes (mal utilisées) le remplacement d'anciens véhicules polluants mais plus légers par des SUV plus lourds, donc plus consommateurs et je ne parle pas des véhicules électriques qui se contentent de déplacer en partie la pollution,

- en laissant croire, en bons valets d'un capitalisme devenu fou, que les solutions seront techniques alors qu'elles doivent reposer essentiellement et rapidement sur un réaménagement du territoire.

Les états cherchent à se débarrasser des infrastructures de transport (SNCF, aéroports) au moment où une politique cohérente (et sans doute en partie autoritaire) serait seule susceptible de réduire rapidement la pollution.

Ce sont pour l'instant les initiatives étatiques qui augmentent chaque jour un peu plus le besoin de mobilité : métropolisation entraînant déplacements pendulaires, fermeture des services publics de proximité...

Tout cela pour te rappeler que les bons sentiments peuvent être un préalable à l'action mais qu'ils sont insuffisants s'ils ne mènent pas à une réflexion sociologique appuyée sur des connaissances historiques.

Letter to Greta Thunberg

Excuse me, Greta …

 

Excuse me for intervening in the debate although I am just an old fart, one of those who, according to the young people who follow you, leave our children an unliveable Earth for humanity. I can certainly sympathize with your action and those you influence show a real awareness of the emergency of the environment issue, which is why I would not dare to criticize this movement, just to recall certain facts.

1) Beware of the cult of youth, which is not a new phenomenon. It was present in all historical periods.

School strikes will not help the climate, it may be more appropriate to advise yourfollowers to make choices in the subjects they are studying and which their parents tell them will provide them with "a good job". They forget that some jobs are immoral and, to say the least, not environment-friendly, starting with that of publicist: "Don't tell my mother that I'm in advertising, she thinks I'm a pianist in a brothel" (title of a well-

known book by Jacques Séguèla published in 1992 in France).

For today's young people are victims of TV advertising as well as influencers on"social" networks and impose un-ecological purchases on their parents.

To avoid having to transform the well-known phrase « What kind of planet will we leaveour children ? »  into "what kind of planet will our children leave us?", these nice young people should start by setting an example of sobriety before being forced to face an austerity imposed by circumstances.

Their lack of awareness – and knowledge - of history has made them forget that those ofmy generation (i.e. the famous participants in the events of May 1968 in France and the counterculture in the US) witnessed in their family coolers, boilers, returnable glass bottles, washable diapers (as well as fabric sanitary napkins), the use of electricity limited to meagre lighting, Mom and Pop stores, local food consumption,  the same

clothes worn by all the siblings, darned socks, school equipment reduced to the minimum necessary, inkwells filled in by teachers, school books in black and white.... do you really want a complete list of our past behaviors?

Making "old people » responsible for the current state of the planet is therefore bothunfair and ineffective, especially at a time when, with the help of advertising, children are becoming the prescribers of their parents' purchases. The risk increases of seeing an opposition created between elders capable of living in a more environment-friendly fashion and young people overwhelmed with consumerism and unable to imagine

solutions that would penalize their small comfort.

Rather than striking at school or staging unnecessary demonstrations, why don't yousuggest other more effective strikes such as forgetting the annual purchase of a new smartphone, avoiding the consumption of palm oil spreads, coloured gelatin sweets, not buying clothes made by Asian slaves, skipping cruises, air travel... here again no need for an exhaustive list.

2) The use of governments.

Your demonstrations are officially aimed at challenging politicians: a monstrous mistakebecause the more governments get involved in climate change, the worse it will make the situation :

- by supporting the installation of short-lived wind turbines whose recycling is moredifficult than we are led to believe,

- by encouraging through (poorly used) bonuses  the replacement of old polluting butlighter vehicles by heavier SUVs, therefore more gas-guzzling and I am not talking about electric vehicles whose sole effect is to partly move pollution elsewhere,

  • by suggesting, as good servants of capitalism  gone bonkers, that the solutions will be technology-based whereas they should be based essentially and quickly on new land-use planning.

Governments are seeking to get rid of transport infrastructure (unprofitable railnetwork, airports) at a time when a coherent (and probably partly authoritarian) policy alone could rapidly reduce pollution.

 

For the time being, government initiatives are increasing the need for mobility a littlemore every day: the growth of metropolization leading to increased commuting, the closure of local public services, etc.

All this to remind you that good feelings can be a prerequisite for action but areinsufficient if they do not lead to sociological reflection based on historical knowledge.

 

Greta Thunberg (source wikipedia)

Greta Thunberg (source wikipedia)

Tag(s) : #Actualités, #Tribune libre, #écologie, #réforme territoriale

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