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IMPOSSIBILITÉ DE LA DÉMOCRATIE DIRECTE ?

Les exemples de démocratie directe appelée par certains anarchismes sont suffisamment nombreux dans l'histoire occitane pour nous fournir des exemples pratiques.

Comme je ne suis pas un spécialiste de cette histoire occitane et que – de plus – je crois suffisamment connus et étudiés les cas des villes de consulat, je m'en tiendrai aux exemples que je connais le mieux, ceux des villages des vallées du Comté de Nice.

Voici donc un petit résumé (un compendi) de ce qui s'est fait au Moyen Age dans nos tout petits villages.

  1. Le pouvoir appartient au parlament, c'est-à-dire l'assemblée des chefs de familles (parfois des femmes), réunis sur la place ou dans l'église, en cas de mauvais temps.
  2. L'acamp est annoncé, selon les villages, par les cloches, la trompette ou le tambour : c'est la crida (ou la cria dans nos vallées qui perdent le -d- intervocalique).
  3. La présence de tous est obligatoire et des amendes sont prévues en cas d'absence non justifiée.
  4. Le parlament délibère des décisions à prendre = pouvoir législatif) puis élit des représentants (pouvoir exécutif) : syndics ou consuls, secrétaire (souvent un notaire), trésorier (clavaire), gardes champêtres (campiers), arbitres (parfois distincts des surveillants des marchés et vérificateurs des poids et mesures), sonneur de cloches, remonteur de l'horloge, instituteur, auditeurs des comptes.
  5. Les membres de certaines familles notables ne peuvent pas refuser une charge sous peine d'amende.
  6. Les débats se font sous la surveillance du Baile, représentant le pouvoir central.
  7. Toutes ces charges sont de courte durée (en général un an) et les élus sont responsables devant le parlament.
  8. Il faut attendre les XVII° et XVIII° siècles pour que le duc de Piémont mette en place un système indirect, le parlament élisant un conselh dont la fonction est de distribuer les charges.
  9. Au XVI° siècle, on trouve bon nombre de comptes communaux rédigés en occitan d'autant plus intéressants que certaines communes gèrent directement moulins, fours, tuilerie, abattoir, etc.
  10. A part les cas – rarissimes – de villages ayant obtenu une charte de consulat (ce qui fut en principe interdit par les Statuts de Fréjus en 1235), ces documents s'appellent des Statuts Champêtres. Jusqu'à la révolution française, on parlait de « privilèges », obtenus grâce à des luttes incessantes de nos communautés rurales : certains villages élisaient à la charge de « défenseur des privilèges ». Les changements de souverain – voire de dynastie – étaient l'occasion de les faire confirmer et de s'en faire octroyer d'autres (sur le modèle des villages les plus avancés dans une baillie ou une viguerie donnée).

Il ne s'agit pas de s'extasier devant un système encore imparfait, dans lequel les femmes pouvaient être chefs de famille, mais seulement en cas d'absence ou de décès du « vrai » chef, mais plutôt de montrer que les luttes populaires du Moyen-Âge ont été payantes.

Tous ceux qui appartiennent à une association loi de 1901, un syndicat, une mutuelle, une coopérative connaissent déjà ce système dont la pérennité est la preuve de l'efficacité.

Au niveau communal, nous pouvons faire l'économie d'un débat sur le libéralisme, le dirigisme ou l'interventionnisme et être pragmatistes (dans le bon sens du terme) : lorsque l'entreprise privée est capable de créer des richesses et de l'emploi, il faut la laisser travailler (dans le cadre légal), voire l'encourager ; si aucun agriculteur, artisan, commerçant, industriel ne se presse pour investir, c'est alors à la municipalité d'intervenir. D'ailleurs le Plan Local d’Urbanisation est bien une planification et doit fournir un cadre (ce n'est pas le seul) au développement économique d'une commune. Combien de villages conservent leur boulanger parce que le maire trouve un logement pour un repreneur et sa famille ? Combien d'écoles restent ouvertes parce que le maire a choisi comme employé municipal un père de famille nombreuse ? Je reproche d'ailleurs aux municipalités de ne pas utiliser toutes les possibilités fournies par la loi « montagne ».

Pour conclure : la commune doit bien être le terrain privilégié (ainsi que le laboratoire) de l'action politique de nos camarades.

Bernat Fruchier

Pais nissart e alpenc

Le village de Thines. Photo Pellet Jean-Marc

Le village de Thines. Photo Pellet Jean-Marc

Tag(s) : #Tribune libre
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