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Lo Lugarn N°159

Vous pouvez télécharger le numéro 159 de la revue Lo Lugarn au format PDF ICI

Éditorial en Français

 

Mémoires sélectives et avenir de l’occitanisme

Les éditions Trabucaire viennent de publier sous la direction de Christian Lagarde, fils de l’occitaniste bien connu André Lagarde, un livre en français intitulé « Mémoires de l’occitanisme, 1960-1980 » qui rassemble une centaine de contributions d’occitanistes ayant vécu peu ou prou cette période comme militants.

https://www.trabucaire.com/boutique/occitan/memoires-de-loccitanisme-1960-1980/

Tout de suite, une question se pose : pourquoi ce livre est-il en français alors que tous les contributeurs sans exception maitrisent l’occitan et que le thème très spécifique traité ne peut pas en faire un ouvrage grand public ? Peut-on imaginer des mémoires du militantisme indépendantiste québécois rédigées en anglais ? N’y a-t-il pas là une contradiction, un entêtement à choisir la langue de l’oppresseur sous prétexte d’être mieux compris ?

En tout cas, ce choix, qu’il ait été dicté ou non par Christian Lagarde, interroge.

Il faut aussi se poser la question du choix des contributeurs. Il est forcément arbitraire car il n’était sans doute pas possible, à moins d’alourdir un livre déjà très long, de solliciter tous les occitanistes de cette période encore en vie. Certains des sollicités ont peut-être décliné la proposition de témoigner.

Néanmoins, à notre connaissance en tout cas, les « historiques » du Parti de la Nation Occitane qui ont milité à cette époque et continuent de le faire aujourd’hui, n’ont pas été contactés et sont donc absents de cette compilation alors que ce n’est pas le cas pour les « historiques » du Partit Occitan avant sa création. Les membres du Parti de la Nation Occitane seraient-ils jugés trop marginaux ou infréquentables pour apporter un témoignage éclairant sur la période ? S’agit-il d’un ostracisme délibéré ? Peut-être pas mais on est en droit de se poser la question.

Il est vrai qu’il est, à plusieurs reprises, question du P.N.O. dans des témoignages d’occitanistes qui, pour diverses raisons, l’ont quitté, y compris récemment, ou ont eu l’occasion à ce moment là de rencontrer François Fontan et des membres du P.N.O. et ont été en désaccord avec le nationalisme indépendantiste ethniste qu’ils professaient ou ont refusé de débattre et, bien souvent, ont traité le P.N.O. de parti fasciste et raciste sans avoir pris la peine de lire les écrits de Fontan.

Robert Lafont et Félix Castan, qui ont combattu avec acharnement le nationalisme occitan, jouent un rôle important dans la période avant et après mai 1968 pour beaucoup de ces occitanistes, tout comme Yves Rouquette qui lui est un authentique nationaliste occitan, mais François Fontan n’est pas un modèle pour la plupart d’entre eux.

Sur le plan idéologique, il est frappant de constater que les illusions (les 101 propositions) et désillusions sur la gauche française qui ont précédé et suivi l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981 avec cette idée éminemment contestable que l’Occitanie serait socialiste ou ne serait pas, perdurent encore aujourd’hui (le Partit Occitan est écologiste de gauche) comme perdure le clivage mortifère entre occitanistes culturels et occitanistes politiques. Dans l’enthousiasme d’alors avec le Larzac et le mouvement viticole en Languedoc, le manifeste « mon país escorjat », beaucoup d’occitanistes ont cru que l’autonomie de l’Occitanie était pour demain.

Or si l’on examine la situation culturelle et politique de l’Occitanie aujourd’hui, il y a des motifs de découragement et d’encouragement. L’Occitanie, mais limitée à une région administrative, est désormais sur la carte. Mais quid de la véritable Occitanie ethno-linguistique sur 3 États ? Avec bien des difficultés, l’occitan est enseigné de façon marginale et des néo-locuteurs, trop peu, sont formés car les locuteurs naturels disparaissent les uns après les autres. La période des grandes manifestations unitaires pour la langue occitane du début du XXIe siècle semble terminée pour l’instant du moins. Sur le plan politique, malgré de gros efforts de participation des occitanistes aux élections, le nombre d’élus occitanistes est insignifiant. Quant au personnel politique, les élus corses réclament l’autonomie de l’île mais les élus occitans pas celle de l’Occitanie.

Les militants politiques occitans ont un sérieux besoin de relève et cette relève ne peut venir que de la jeunesse actuellement motivée par d’autres causes. « Carrièrasoccitanas »( https://www.carrieras-occitanas.eu/ ) est-il le signal d’un sursaut parmi d’autres ? Le Parti de la Nation Occitane l’espère pour ne pas rester sur une inévitable impression d’amertume après la lecture de ce livre pourtant indispensable.

L’Occitanie survivra et s’émancipera si les Occitans le veulent. Aidons-les à le comprendre et le vouloir.

Il y a d’autres solutions pour eux (autonomie, fédéralisme, indépendance) en dehors du système politique français actuel qui ne leur offre comme perspective que l’élection présidentielle de 2027, le lamentable spectacle de la vie politique hexagonale, la continuation de la domination coloniale et l’effacement de leur identité ethnique.

Governem-nos ! (Gouvernons-nous !)

 

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Lo Lugarn 159

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Tag(s) : #Lo Lugarn
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