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À propos de la « crisi de l’occitanisme »

  Le Partit de la Nacion Occitana a pris connaissance comme l’ensemble de l’occitanisme (culturel et politique) d’un texte de l’Assemblada Nacionala Occitana (ANÒC) intitulé : « Crisi de l’Occitanisme - ont ne sèm e cossi repartir ? ».

  Ce texte signé Ciril Joanin, Fèbus Abelhèr et Domergue Sumien n’engage que leurs auteurs et pas l’ensemble du groupe, il est destiné à la réflexion et à la discussion.

  Ce texte signé de trois personnes nous semble refléter essentiellement la pensée de Domergue Sumien,  telle qu’il l’a déjà exprimée.

  Ce texte dresse un constat réaliste de la situation de l’occitanisme, fait des constats et émet des propositions, que nous partageons assez largement. Ce document appelle cependant quelques réflexions :

  Pages 4 et 5, on lit : « l’émergence d’une nouvelle garde, rajeunie et portant les valeurs culturelles et humaines acquises dans la résistance » ou « en 1945 des occitanistes résistants fondèrent l’IEO ».

  Il eut été judicieux de préciser qu’il s’agissait de la résistance des peuples de l’État français face au nazisme. Telle quelle ces 2 phrases laissent à penser qu’il y a eu à cette époque une résistance occitane spécifique … mais on ne sait pas à quoi. Or tel ne fut pas le cas.

  De la page 4 à la page 12, Domergue Sumien se livre à une apologie sans nuances de la pensée de Robert Lafont et minimise tant que faire se peut celle de François Fontan.

  Nous avons droit page 9 à ce concentré d’euphémisme : « Les deux grands meneurs du Temps Deux,  Robert Lafont  et François Fontan, n’étaient pas toujours d’accord. Mais au moins, tous les deux firent émerger un occitanisme plein d’espoir et d’audace, avec une revendication politique qui complétait la revendication culturelle ».

  C’est oublier un peu vite que Lafont déclara en 1959 que la création du PNO était un acte criminel. Que le même Lafont jouait au nationaliste occitan quand il était avec des Catalans et qu’il était un bon nationaliste français quand il s’adressait à ce qu’il considérait comme sa famille naturelle la gauche française … et nous en passons et des pires comme le fumeux concept de « colonialisme intérieur ».

  Le suivisme lafontien de Domergue Sumien le pousse à traiter de populistes des acteurs majeurs de l’Occitanisme comme Ives Roqueta et David Grosclaude.

Le seul « tort » du premier étant d’avoir osé tuer symboliquement Robert Lafont, le père. La différence entre Lafont et Roqueta étant que Lafont n’a jamais cru à l’existence d’une nation occitane. Il a toujours plus combattu le PNO que le centralisme de l’État français. À l’inverse Roqueta a toujours cru à l’existence de cette nation sans pour autant adhérer au PNO. Si aujourd’hui à Béziers nous avons le CIRDOC conçu comme devant être la Bibliothèque Nationale Occitane c’est grâce au « populiste » Roqueta.

Quant à David Grosclaude si c’est être « populiste » que d’avoir créé et fait vivre un hebdomadaire de qualité (La Setmana) en langue occitane, d’avoir organisé avec le collectif « Anem Òc » cinq grandes manifestations entre 2005 et 2015 et d’avoir pris en 2013 l’initiative du « Manifèst Occitanista », c’est une curieuse manière d’être « populiste ».

  Domergue Sumien insiste, sans doute avec raison, sur le rôle positif qu’a joué le « Conselh de la Lenga Occitana » (CLO), mais il refuse de reconnaître qu’après six années de bonne santé (1996-2001) et six autres de léthargie (2002-2007), le CLO est depuis plus de dix ans en coma probablement dépassé, voire cliniquement mort, même si un acte de décès n’a pas été dressé ; de ce fait il accuse du grave péché de « destabilizacion de la nòrma lingüistica » des organismes qui selon nous ne méritent pas tant de détestation. Nous ne voyons pas en quoi la multiplication d’« Académies » attachées à une normalisation de la langue poserait un problème d’autant plus que toutes ces académies respectent peu ou prou la même norme établie par Louis Alibert. C’est une preuve de bonne santé et cela prouve simplement que les personnes qui les animent aiment la langue occitane et souhaitent lui donner un véritable avenir. Ceci est plutôt rassurant.

  Notons au passage que par exemple le « Congrès Permament de la Lenga Occitana » (CPLO) est né d’une initiative commune de la plupart des grandes associations, justement pour pallier la défaillance du CLO, sans reprendre le travail de normalisation de ce dernier (on peut le déplorer mais de là à l’accuser de mener un travail de « destabilizacion de la nòrma lingüistica », il y a une marge … et il rend aux usagers de grands services que le CLO ne rendait pas).

De plus, quelle autorité s’arroge Domergue Sumien pour décider par exemple que le vrai nom du pays en occitan est Occitània plutôt que Occitania ou même Occitaniá ? Serait-il pour la réduction à l’unique norme dont il est le tenant ? Comme il évite de citer notre revue « lo Lugarn », nous ne pouvons pas savoir s’il s’obstine toujours à écrire « lo Lugar » en suivant religieusement la forme erronée du dictionnaire de Louis Alibert, bien que nous lui ayons exposé notre analyse de cette erreur et notre choix (en résumé, les deux formes, prononcées respectivement lou luga et lou lugar, existent en occitan, ainsi que quelques autres, comme lou lugra ‑ par attraction de « lutz grand » ; le mot venant du latin « lucerna », l’application du système d’Alibert conduit nécessairement à privilégier la forme « lugarn », et « lugar » dans son dictionnaire est une erreur.

  Pages 16 et 17, il est un point sur lequel nous sommes d’accord avec Domergue Sumien. C’est ce qu’il écrit concernant l’anti indépendantisme occitan de Félix Castan et de la linha Imaginòt de Claude Sicre pour qui « La langue et la culture occitanes font partie de la culture française ». Défendre une telle position ne peut que faire le jeu du Front National / Rassemblement National et de la France Insoumise en Occitanie.

  Page 19, Domergue Sumien enfonce une porte ouverte « Les crises chroniques de l’occitanisme ne s’expliquent pas seulement par des facteurs externes défavorables, mais aussi, et surtout par des handicaps latents et des erreurs stratégiques ».

  En effet si Lafont avait réellement combattu l’État français au lieu de s’acharner contre le PNO, si beaucoup d’occitanistes des années 1970-1980  n’avaient pas tenu des discours du style « L’Occitanie sera socialiste ou ne sera pas » (en oubliant de préciser, comme nous le faisions nous mêmes dans ce genre de déclarations « L’Occitanie indépendante ... » ou « L’Occitanie libre ... »), si quelques années plus tard ils ne s’étaient pas réfugiés dans les bras des écologistes au lieu de construire un mouvement politique occitan réellement pluriel, nous n’en serions pas là.

  Comme le note Domergue Sumien en page 30, ces mêmes occitanistes admirent aujourd’hui les résultats politiques des indépendantistes Corses, des Catalans ou des Écossais et soutiennent leurs revendications, mais ils continuent à demander pour l’Occitanie une simple autonomie et à voter et faire voter pour des partis français ou des coalitions françaises qui acceptent un occitaniste de temps en temps pour faire couleur locale … en fin de liste ou au mieux à peine éligible. Mais il ne reconnaît pas que l’attitude actuelle du « Partit Occitan » n’est guère différente de celle de Robert Lafont naguère.

  Page 23 nous avons droit à un long passage sur les dangers de l’extrême droite française en Occitanie. L’analyse est juste, mais elle oublie curieusement un autre phénomène identitaire franchouillard politiquement aussi dangereux pour l’Occitanie … le vote mélenchoniste autour de la France Insoumise.

  Contrairement à ce que pense Domergue Sumien, les raisons de l’échec du Manifèst Occitanista et de la dynamique électorale Bastir! après les élections départementales de 2015 sont connues et ont une explication des plus simples. La ligne unitaire défendue dans le « Partit Occitan » par Grosclaude et Latrubesse a été mise en minorité par la vieille garde Alirol - Tautil qui a repris le contrôle du parti et a décidé de renouer avec ses anciennes amours, la gauche française et plus précisément EELV,  financièrement plus lucratives.

  Pages 31 et 32, Domergue Sumien déplore, à juste titre, la querelle entre les « pròregion-Occitània » et les « antiregion-Occitània », mais il le fait en prenant parti pour un camp contre l’autre, dans la continuité de positions prises par l’ANÒC il y a plus de deux ans ; c’est peut-être dû à l’implantation géographique des dirigeants de l’ANÒC ; nous ne pensons pas qu’une telle attitude contribue à apaiser les tensions.

  Pages 33 et suivantes, Domergue Sumien et les co-auteurs de l’article dénoncent « las derivas tecnocraticas d’una certana frenja de l’occitanisme », à partir d’informations insuffisamment vérifiées. Si nos propres informations corroborent l’accusation de dérive technocratique sans contre-pouvoir portée à l’encontre de l’OPLO, elles infirment en revanche les accusations portées contre le réseau Calandreta dans la gestion de la crise ouverte par le directeur du CFPO-MP ; ce serait plutôt ce dernier qui aurait essayé, avec le soutien d’une poigné de salariés choisis par lui, de prendre le contrôle de l’institution, sans en avoir la légitimité. Dénoncer les uns comme apparatchiks attachés à leurs privilèges et soutenir les autres en tant que « travailleurs en lutte » témoigne d’une grande méconnaissance de la situation et d’une confiance aveugle dans des fake news trop aisément diffusées par les « réseaux sociaux », pour peu qu’elles reprennent des thématiques apparemment progressistes et porteuses de sens. Même si le réseau Calandreta a apparemment choisi de ne pas beaucoup communiquer, il était possible de le questionner pour vérifier les « informations » et connaître son point de vue. Ce que les auteurs du texte n’ont pas tenté, au motif (selon l’un d’eux, que nous avons questionné) que « nous ne sommes pas des journalistes ». Un traitement aussi irresponsable de l’information permet de penser que cette agressivité résulte de (mauvaises) raisons plus profondes, comme par exemple la diabolisation par Domergue Sumien du milieu occitaniste toulousain ou de mauvais souvenirs par certains de leurs relations avec Calandreta ...

  Le texte de Domergue Sumien est un constat réaliste de la situation de l’Occitanisme, et les suggestions qu’il fait pour sortir de la crise (pages 38 et 39) sont celles que le PNO n’arrête pas de faire depuis qu’il existe … c’est-à-dire l’unité dans la diversité des opinions plutôt que le venin de la division.

  Voilà pourquoi les accusations infondées de racisme qu’il proféra contre le PNO au début de l’année 2016, au nom d’« Iniciativa per Occitània », et qu’il n’a jamais reniées, ainsi que ses prises de position contre les « pròregion-Occitània », contre les prétendus apparatchiks dirigeants de Calandreta, contre le « Congrès Permament de la Lenga Occitana » nous laissent un peu dubitatifs sur sa volonté de faire l’union des forces occitanes.

  Dans la petite bibliographie des pages 41 et 42, nous constatons que son modèle, Robert Lafont, est cité trois fois, que Domergue Sumien se cite trois fois et que les œuvres de François Fontan et les publications de la revue Lo Lugarn ne sont pas mentionnées.

C’est une étrange façon de pratiquer l’unité des forces occitanes.

Certes, il nomme Fontan comme un des grands penseurs de l’occitanisme mais cela ne s’accompagne nulle part d’une explication de sa pensée, l’ethnisme, et de sa contribution à la prise de conscience nationale occitane.

  Bien qu’il s’en défende, Domergue Sumien, qui est  sans conteste un authentique patriote et indépendantiste occitan, a essayé il y a vingt ans de prendre le contrôle du Parti de la Nation Occitane et a échoué. Depuis son départ du Parti, son attitude envers celui-ci a oscillé entre la bienveillance et la dénonciation.

  L’ANÒC est pour l’instant un groupuscule de plus dont il est le président. Ce n’est pas un rassemblement de partis et de mouvements mais d’indépendantistes occitans qui laissent leur appartenance au vestiaire. Des adhérents du P.N.O. ont choisi d’en faire partie. C’est leur droit le plus strict. Nous ne sommes pas contre la double appartenance dès lors qu’il s’agit de partis et mouvements occitanistes. L’avenir nous dira si l’ANÒC prend de l’ampleur ou pas.

Réponse du PNO à l'Anoc

Réponse du PNO à l'Anoc

Tag(s) : #PNO-Bureau, #occitanie
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